Fukushima: ni silence, ni oubli 19/12/12

A l'occasion du rassemblement mondial contre le nucléaire "Nuclear Free now" qui s'est déroulé au Japon du 13 au 18 décembre, en marge du sommet de l'AIEA (Agence Internationale de l'Energie Atomique) auquel participait la Ministre française de l'écologie, Delphine Batho, une délégation d'élus et représentants d'Europe Ecologie Les Verts s'est rendue à Tokyo et Fukushima, à l’initiative d’Olivier Florens, vice-président du Conseil général du Vaucluse, et accompagnée par Pascal Durand, secrétaire national.

Nous avons pu effectuer une première visite en autobus dans la commune dévastée de Litate, à 35km de la centrale de Fukushima, où nous avons constaté que des sacs de terre contaminée par la radioactivité gisaient encore à ciel ouvert, en plein champ, 19 mois après la catastrophe. Les rares personnes vivant encore sur les lieux préfèrent garder le silence quand on leur parle de la catastrophe, comme pour oublier ce cauchemar qu'ils ont vécu, et faire comme si rien n'avait changé. Pourtant, les enfants ne peuvent  rester plus de 30 minutes par jour dans la cour de récréation de leur école, ainsi la menace d’un risque de fusion d'un réacteur prend en otage leurs vies sans qu’ils s’en rendent compte. Et partout sur le littoral, les stigmates du tsunami sont encore bien présents.

Après une manifestation silencieuse devant le palais des congrès de Koryama où se tenait la conférence ministérielle de l'AIEA, nous avons participé à la rencontre du réseau des maires pour la sortie du nucléaire au cours de laquelle a été adoptée une convention signée par 80 maires de tout le Japon s'engageant pour la sortie du nucléaire. Cela a été l'occasion pour notre délégation d'apporter le soutien des écologistes français et européens à cette initiative et de rappeler que chez nous aussi, en Europe, nous luttons quotidiennement contre le nucléaire et que nous refusons d'attendre un nouvel accident et des milliers de morts, comme à Tchernobyl il y a 25 ans et à Fukushima il y a un an et demi, pour réagir.

Il existe aujourd'hui une sorte de tabou dans la société japonaise, les élus, les associations et les familles que nous avons rencontrés nous ont demandé de parler d'eux, de parler de ce qui se passait là-bas, du manque d'information, de l'aveuglement des pouvoirs publics et parfois des médias locaux. Mais chez nous aussi, tout le monde semble avoir oublié Tchernobyl et ses conséquences qui se font ressentir aujourd'hui encore, 25 ans après. L’effet « Fukushima » ne doit pas s’estomper.

Au même moment, les Japonais votaient et donnaient une majorité au parti conservateur pro-nucléaire, sanctionnant l'incompétence et les mensonges du gouvernement sortant. La sortie du nucléaire du Japon est loin d'être assurée.

Avant de rentrer en France, nous avons rencontré l'Ambassadeur de France à Tokyo avec qui nous avons évoqué la nécessité d'associer les citoyens et les élus locaux à la reconstruction du pays.

Alors que commence en France le débat national sur l'énergie, le Japon semble ne tirer aucune leçon de la catastrophe de Fukushima: gaspillage démesuré d'énergie, manque total de transparence et d'information sur le nucléaire, déni du danger qui pèse sur la vie de milliers d'enfants, de femmes et d'hommes...

De retour en France, je suis inquiète par l’inconscience collective autour de cette catastrophe, de la menace de cet ennemi invisible. Le silence de la société japonaise est sans doute un moyen de tenter d’effacer un traumatisme immense, mais il est de notre responsabilité, en tant qu’écologistes, de faire connaître l’ampleur de cette catastrophe,  de provoquer un réveil citoyen dans notre débat national et de poursuivre la lutte anti-nucléaire à l’échelle de la planète.

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