L’Europe doit respecter ses engagements sur la pauvreté
La Croix – Mardi 13 décembre 2011
Karima Delli, députée européenne (groupe des Verts/Alliance libre européenne), membre de la commission de l’emploi et des affaires sociales
Frédéric Daerden, député européen (groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates au Parlement européen), rapporteur sur la « plate-forme européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale »
Si 2010 fut l’« Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale », 2011 est indiscutablement celle de l’austérité. Le chômage explose et le nombre de personnes menacées de pauvreté ne cesse d’augmenter. Pourtant, l’UE s’est engagée à réduire de 20 millions le nombre de pauvres d’ici à 2020. Cet objectif ne sera même pas atteint et la situation continuera de s’aggraver. Il y a donc urgence à agir : on ne peut pas sacrifier des millions de personnes sur l’autel de la crise économique et des politiques d’austérité budgétaire.
La « plate-forme européenne contre la pauvreté et l’exclusion sociale » a été créée pour coordonner les efforts des États membres et des acteurs de terrain. Mais cette plate-forme ne peut demeurer un simple forum de discussion, comme le voudrait la Commission européenne. Il faut des engagements concrets de la part de l’UE et des gouvernements nationaux. Enfin, aujourd’hui, il faut faire de la politique « avec » les citoyens les plus pauvres et non plus seulement « pour » eux.
Le rapport adopté le 15 novembre dernier à Strasbourg présente les propositions ambitieuses du Parlement européen pour renforcer l’action de l’UE en matière de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Nous demandons à la Commission européenne de travailler à la mise en place d’une législation contraignante sur un revenu minimum, c’est-à-dire équivalent au niveau du seuil de pauvreté (soit 60 % du revenu médian dans chaque État membre), devant permettre l’accès aux biens et services fondamentaux. C’est un outil indispensable pour réduire les inégalités et assurer une vie digne pour tous.
Au-delà, ce revenu minimum est une étape permettant aussi d’induire l’existence de salaires minimums partout en Europe pour des emplois décents. En effet, à l’heure actuelle, 8,5 % des travailleurs dans l’UE sont pauvres, l’emploi ne protège donc plus contre la misère.
Mais réduire les inégalités suppose aussi de regarder ce qui se passe au sommet de l’échelle, et c’est pourquoi nous demandons que les très hautes rémunérations soient taxées afin de contribuer à la solidarité envers les plus démunis.
Nous demandons que la Commission mobilise les fonds européens pour financer les initiatives en matière de lutte contre la pauvreté. Avec la proposition de la Commission européenne d’allouer au moins 20 % du Fonds social européen à la promotion de l’inclusion sociale et à la lutte contre la pauvreté, c’est un premier pas qui est fait, mais nous devons nous assurer que l’ensemble des politiques de l’UE sont orientées vers cet objectif prioritaire.
L’accès universel aux services publics doit être garanti pour tous, et l’intérêt général doit primer sur les règles de la concurrence lorsqu’il s’agit de protéger les droits des plus pauvres à l’éducation, à la santé, au logement et aux services de base (eau, électricité, télécommunications).
Les eurodéputés ont aussi rappelé leur engagement en faveur d’une stratégie européenne coordonnée pour mettre fin à la situation des sans-abri : l’absence de logement est une violation des droits fondamentaux de la personne humaine, c’est la forme la plus extrême de la pauvreté sur notre continent et elle exclut les personnes de toute possibilité d’insertion dans la société. Pourtant, la Commission européenne refuse de mettre en œuvre une telle stratégie.
Nous exigeons enfin des garanties quant à l’avenir du programme d’aide alimentaire aux plus démunis, dont dépendent plus de 18 millions d’Européens, alors que l’incertitude demeure quant à son maintien après 2014.
Enfin, il ne suffit pas de surveiller la courbe de l’inflation, du déficit ou de la dette. Les États doivent également rendre des comptes sur l’évolution de la pauvreté.
À l’heure où la crise qui frappe l’Europe s’aggrave et s’enlise, et que les réponses des États membres et de la Commission européenne ne visent qu’à rassurer les marchés financiers, il est essentiel de protéger les plus pauvres. Les efforts de chacun ne pourront être efficaces que dans le cadre d’une action européenne coordonnée et non entravée par les égoïsmes nationaux. Nous avons besoin plus que jamais de solidarité, entre États et entre Européens.








