Cinq propositions pour les quartiers populaires
Public Sénat – le 06.12.2011
« La question des quartiers populaires est délaissée par tous les partis politiques car ils pensent que les gens qui y vivent n’iront pas voter » affirme Sihem Souid, la fonctionnaire de police aujourd’hui membre du PS qui a écrit le livre à charge Omerta dans la police (Cherche midi) et signataire de l’appel « Nous ne marcherons plus », lancé le 19 Octobre dernier par Nassurdine Haidari, un élu PS du premier secteur de Marseille.
« Nous ne marcherons plus dans les calculs politiques et nous n’acceptons plus d’attendre » explique ce diplômé de l’IEP d’Aix en Provence, et ancien imam. Allusion à la Marche pour l’égalité de 1983, rebaptisée « marche des beurs » par les responsables socialistes de SOS racisme. Un évènement historique qui constitue le point de départ de cette initiative, comme une référence idéologique et politique. « Une génération avait décidé de briser le mur du silence et affirmé que l’égalité réelle était la seule voie praticable » poursuit-il.
« Il n’y aura pas de liberté sans égalité et pas de fraternité sans égalité »
L’égalité est au centre de cette appel, comme le souligne Almamy Kanouté, conseiller municipal de Fresnes (94) et militant politique qui a co-fondé un mouvement politique indépendant nommé Emergence : « Liberté Egalité Fraternité, il n’y aura pas de liberté sans égalité et pas de fraternité sans égalité ». C’est donc autour de ces valeurs républicaines qu’Almamy Kanouté et quatre autres signataires de l’appel ont exposé chacun leur tour une série de mesures. Celles-ci seront soumises aux partis politiques :
- Ministère de l’Egalité : le conseiller municipal du Val-de-Marne a porté l’initiative d’un ministère de l’Egalité.
- Logement : Karima Delli, députée européenne d’EELV a porté la question du mal logement. Avec « 10 millions de personnes mal logées aujourd’hui, il faut réactiver la loi SRU en augmentant à 30% le quota de logements sociaux » pour les villes où la demande de ce type de logement est forte. (Il est actuellement prévu un quota de 20 % de logements sociaux pour les villes de plus 3500 habitants, avec un système de pénalités financières en cas de manquement à cette obligation). La députée a aussi parlé de rendre anonyme les dossiers de demandes de logements pour « éviter toute discrimination »
En septembre dernier, dans une interview donnée au JDD, Benoist Apparu, secrétaire d’Etat au Logement avait déclaré qu’appliquer sur tout le territoire ce quota de 20% n’avait « pas de sens » mais qu’il était « prêt à étudier un taux de 25 % à Paris et en région parisienne » et « un taux inférieur à 20 % à d’autres endroits.
- Représentation politique et diplomatique : Bolewa Sabourin, danseur et responsable associatif de Cités en mouvement, a quant à lui proposé de limiter le nombre de mandats successifs des élus (députés, maires…) à trois et d’interdire purement et simplement le cumul des mandats. Et sur la question de la « diversité » l’objectif pour la représentation de donner une image « conforme » à l’image de la France.
- contrôle d’identité : Sihem Souid a proposé la remise d’un reçu lors du contrôle. Sur celui-ci, figurera des indications comme le lieu et l’heure. Par la suite, une évaluation des données récoltées est sensée faire la transparence sur la manière dont les policiers exercent leur pouvoir. Une idée reprise au collectif contre le contrôle au faciès qui défendait cette proposition. Ce collectif travaille sur le terrain pour améliorer le rapport entre la police et les citoyens. Il s’est fait remarquer récemment à travers une campagne médiatique intitulée « mon premier contrôle d’identité » où des stars du rap racontent leur premier contrôle d’identité.
- L’emploi : C’est Haouaria Hadj Chikh, élue communiste à Marseille, dans les arrondissements « sensibles » des 13ème et 14ème arrondissements qui a fait la dernière proposition qui porte sur l’attribution des marchés publics. Ceux-ci seront conditionnés à un bilan social que les entreprises remettront au sujet de leur « effort pour la diversité ».
« Le PS a volé notre marche ! »
En outre, ont répondu présents à cet appel principalement des partis de gauche. A droite, on notait uniquement la présence d’un représentant du Modem. Mais celui-ci a quitté précipitamment la salle de conférence après avoir été sèchement interpellé. Le parti socialiste aussi en a pris pour son grade. Notamment de la part d’anciennes participantes à la Marche pour l’Egalité. « Le PS a volé notre marche ! » a lancé l’une d’elle. Une liberté de ton qu’accepte le socialiste Nassurdine Haidari. Voulant placer son appel au-dessus de toute logique partisane. Une volonté qui sera difficile à réaliser si la droite boude son appel.








