Laurent Wauquiez se fait de la pub sur le dos des pauvres et des précaires
Les annonces tonitruantes du ministre délégué aux affaires européennes et maire du Puy-en-Velay, Laurent Wauquiez, ont suscité depuis 2 jours de nombreuses réactions, à gauche comme à droite. Derrière ses propositions aux relents populistes se cache une vision caricaturale de la réalité de la vie des millions de chômeurs et travailleurs pauvres qui subsistent avec des salaires de misère et des minimas sociaux qui ne permettent pas de se maintenir au-dessus du seuil de pauvreté.
Laurent Wauquiez propose de plafonner les minimas sociaux à 75% du SMIC, soit 1024€ nets par mois, prétendant ainsi inciter les bénéficiaires du RSA à trouver un emploi. Mais la réalité est bien plus complexe. D’abord, rares sont ceux qui perçoivent un tel montant de revenu de solidarité active. Faites le test sur le site du gouvernement: pour percevoir plus de 1024€ de RSA par mois, il faut être une personne seule, sans emploi ni revenus, avec 3 enfants en bas âge à charge… A ce niveau là, il est extrêmement difficile de boucler les fins de mois. Mais Monsieur Wauquiez ne semble pas connaître cette réalité. Serait-il prêt, lui, à plafonner le cumul de ses indemnités de ministre et de maire d’une grande ville? Avant de s’attaquer aux pauvres, il ferait mieux de s’assurer, lui qui est ministre en charge des affaires européennes, que les directives européennes sur le plafonnement des bonus des banquiers sont transposées correctement en droit français (voir à ce propos, l’interview de ma collègue Eva Joly dans Libération du 7 mai).
Il suggère ensuite que tout bénéficiaire du RSA soit soumis à 5h de travail obligatoire par semaine. Cela rappelle une proposition (dont nous avions parlé en novembre dernier) de David Cameron, le Premier Ministre conservateur britannique, d’obliger les chômeurs britanniques à faire des travaux d’intérêt général. Nous ne reprenons pas notre argumentation de l’époque qui reste valable mais, en résumé, cela revient à faire travailler gratuitement des personnes en difficulté, en lieu et place de véritables agents du service public. Les chômeurs ne cherchent pas un loisir pour tuer le temps, mais une solution durable pour gagner leur vie dignement.
A l’heure où 85 millions de personnes vivent dans la pauvreté en Europe, vouloir diminuer les aides sociales minimales, celles qui constituent le dernier filet de sécurité en temps de crise, pour des raison purement démagogiques, est totalement irresponsable, et reviendrait à aggraver la précarité. Monsieur Wauquiez prétend avoir lancé un débat salutaire, mais il apparaît assez clairement qu’il a endossé les habits de porte-parole du candidat Sarkozy pour 2012. Ce n’est pas ce qu’on attend d’un ministre en charge des affaires européennes, dans une période où l’image de la France est déjà bien écornée par la désinvolture de ses représentants sur la scène européenne.
Certes le RSA n’est pas parfait (et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Verts s’étaient abstenus lors du vote sur le projet de loi de Martin Hirsch en 2008), mais ce n’est pas en durcissant les conditions d’octroi des aides les plus élémentaires qu’on pourra lutter vraiment efficacement contre la pauvreté. Au contraire, les écologistes demandent l’instauration d’un revenu minimum universel, individualisé et inconditionnel, fixé au niveau du seuil de pauvreté (60% du revenu médian, soit 950€ par mois en France).








