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Financer l’efficacité énergétique des logements, une priorité européenne

La stratégie de Lisbonne a défini l’efficacité énergétique comme étant une des grandes priorités des politiques de l’Union européenne. Les décisions concernant ces politiques ont été prises dans le cadre de la politique « Energie-Climat » et de l’objectif des « 3×20″: améliorer de 20% les performances énergétiques des bâtiments, réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre et développer de 20% les énergies renouvelables.

La stratégie de Lisbonne avait également comme objectif d’éradiquer la pauvreté en Europe. Quel constat faisons-nous aujourd’hui, en cette année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale? Les prix de l’énergie augmentent si rapidement que les coûts du logement, loyer et charges, représentent en moyenne plus d’un tiers des dépenses mensuelles des ménages. En Europe, la situation des foyers qui éprouvent des difficultés, ou se trouvent dans l’impossibilité de chauffer correctement leur logement à un prix abordable, est aujourd’hui dramatique: selon les estimations du projet Européen EPEE (Etude de la Précarité Energétique en Europe), ce sont de 50 à 125 millions de personnes qui seraient frappées par la précarité énergétique dans les Etats membres.

La précarité énergétique constitue donc un enjeu social majeur pour les politiques européennes. Comment garantir l’amélioration énergétique des parcs de logements publics et privés des Etats membres, et comment mettre concrètement les mesures d’efficacité énergétique à la portée de tous, aussi bien locataires que propriétaires, et en particulier à la portée des catégories sociales les plus fragilisées par la triple crise sociale, économique et environnementale?

Dans une salle comble au 7e étage du Parlement européen de Bruxelles, nous organisions ce mardi 4 mai un grand colloque : «financer l’efficacité énergétique des logements, une priorité européenne». Cet événement était organisé en partenariat avec l’intergroupe Urban, le Cecodhas-Housing Europe, la Caisse des dépôts, la Banque Européenne d’investissement (BEI), l’Union internationale des locataires et Energie-Cités. La qualité des interventions et une participation active au débat ont contribué au succès de cette conférence.

L’objectif était de réunir des parlementaires européens et nationaux, mais également des élus locaux et régionaux, des acteurs de la société civile, du secteur du logement et de la construction, afin de réfléchir ensemble sur la façon d’améliorer l’efficacité énergétique dans le secteur de l’habitat, d’échanger sur des projets qui marchent et sur les obstacles à leur multiplication sur les territoires, et d’apprendre à travers les expériences de chacun.

Des initiatives et des instruments financiers existent, mais il s’agit de faire mieux. Les supports législatifs qui sont en place n’atteignent pas pleinement leurs objectifs, et les résultats sont souvent en dessous d’engagements ambitieux.

Il faut savoir que les bâtiments sont responsables de plus de 40% de la consommation énergétique et des émissions de CO2 en Europe. Le secteur résidentiel représente le plus important potentiel d’amélioration de l’efficacité énergétique. Le changement climatique et la réduction de la consommation d’énergie constituent une réelle opportunité de création d’emplois dans le secteur de la construction, une des principales réserves d’emplois verts.

Investir dans l’efficacité énergétique des logements ne relève donc pas d’une logique de court terme qui se heurte à une gestion imprudente des ressources de la planète, mais il s’agit bien au contraire d’investir dans notre avenir et dans celui des générations futures.

C’était également le message principal lancé à l’occasion de la cérémonie de la Convention des maires qui a eu lieu également le 4 mai dans l’hémicycle du Parlement européen de Bruxelles et avec laquelle nous avons engagé un partenariat actif autour des mêmes objectifs, ceux du Paquet Energie-Climat. La convention réunissait 500 maires qui se sont engagés à baisser d’au moins 20% les émissions de CO2 de leur ville d’ici 2020. Dominique Voynet, sénatrice et maire verte de Montreuil (Seine-Saint-Denis), représentait la France à la tribune, en présence du président de la Commission José Manuel Barroso, du Premier ministre espagnol José Luis Rodríguez Zapatero, du président du Parlement européen Jerzy Buzek et du premier vice-président du Comité des régions, Ramón Luis Valcárcel Siso. Le commissaire en charge de l’énergie, Günther Oettinger, a même proposé durant la Convention «la réutilisation des fonds non dépensés du Plan de Relance Economique pour des projets de développement énergétiques durables au niveau local et régional. (…) Au moins 115 M sont disponibles, et cette somme est encore susceptible d’augmenter d’ici la fin de l’année.»

L’Union européenne tend donc à se montrer volontariste sur la réduction de la consommation d’énergie, mais face à l’exclusion énergétique croissante en Europe, il est donc juste de réorienter les efforts fiscaux pour lutter efficacement contre la précarité énergétique.

Karima Delli

Photo © Benjamin Joyeux

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