Le Service civique: un projet pour les jeunes
Matinée d’échange du mardi 16 février 2010, de 9h à 13h:
au Théâtre du Rond Point, Paris:
Présentation Mélissa Theuriau
-Mot d’accueil de Jean-Michel Ribes
-Ouverture par Martin Hirsch, Haut Commissaire aux Solidarités actives et à la jeunesse: Stéphane Hessel et Simone Veil sont là pour témoigner d’une vie d’engagements. Besoin des parlementaires de droite et de gauche qui ont fait en sorte que ce texte arrive pour créer ce service civique. Besoin des associations et des collectivités locales. Service civique, ce n’est pas pour perdre un an mais pour se rendre sur les lieux où l’on a besoin de nous. Par ex appel pour partir à Haïti. Besoins dans l’environnement, dans le social, dans la solidarité, en bas de chez nous comme à l’international. On a besoin des jeunes. C’est vous qui porterez le service civique. On souhaite que ce qui se passe ce matin lance un mouvement. Intervenants tous engagés pour nous aider à dessiner ce service civique.
Témoignages autour des valeurs de l’engagement:
-Simone Veil: très nombreux aujourd’hui. Preuve de l’importance de la proposition. J’ai observé plusieurs tentatives de service civique, mais il n’y avait pas de cadre. Première fois qu’il y a un ensemble aussi cohérent. Je félicite ceux qui ont pris cette initiative. Merci à Martin Hirsch et bonne chance, à tous les jeunes qui en bénéficieront, qu’ils apportent dans la société des intérêts très importants?
-Stéphane Hessel: Quel honneur de parler après Simone Veil! A l’époque que nous avons vécue, il était facile de s’engager car nous avions en face de nous l’horreur du fascisme. Le monde d’aujourd’hui a besoin d’une nouvelle vision. Economie financiarisée qui a montré ses impasses. Besoin d’un nouveau paradigme pour que l’économie marchande devienne le fournisseur des biens essentiels dont nous avons besoin. Nous avons besoin de l’engagement de nos jeunes. Un souvenir: lorsque j »étais en Algérie, rôle très important des jeunes en service national actif. Travail qui fournit les piliers d’une véritable démocratie pour une vision du monde plus enthousiasmante que celle que nous vous léguons.
Pierre Boute: volontaire à l’Arche: nous vivons avec des handicapés. Dans un parcours d’accompagnement au quotidien, accompagnement aux soins, aux loisirs, etc. On est leurs amis. Avant de m’engager, j’étais coiffeur. Je voyais cela que sous l’aspect artistique et non commercial. Abandon pour vouloir devenir éducateur spécialisé. J’avais entendu parler du SVI et du SVE. J’ai trouvé des associations comme l’Arche. Une des rares associations où on peut s’engager sans expérience. Cela suscite une vocation.
Nahila Abdali: volontaire à Solidarité Sida: cause qui me tient à cœur. Investissement total.
Message de Muhammad Yunus: C’est de notre responsabilité que nous vivions tous ensemble. Il y a une part de l’individu qui doit prendre soin des autres. Nous devons nous exprimer sur le monde que nous voulons et travailler pour y arriver. Nous devons croire en nous et construire ce monde. On devient égocentrique car on ne nous a jamais dit quand nous étions enfants qu’il fallait travailler pour obtenir ce monde que nous voulions. Prendre chaque jour plaisir à changer le monde à l’image que nous voulons. Nous ne sommes pas uniquement des communautés. Nous sommes tous de cette planète.
Mélissa Theuriau: la Grameen Bank a proposé de prendre de jeunes volontaires français en service civique.
Question de la salle: si on n’est pas Français, peut-on participer toutefois au service civique?
Luc Ferry: la réponse est oui. Il suffit d’un an de résidence pour que les étrangers puissent s’engager dans ce service civique. Je suis fou de joie car nous avons travaillé pendant un an pour confier un rapport à une commission, et pour une fois ce rapport a été mis en œuvre. Nous avons beaucoup auditionné. Je voudrais rendre hommage à deux personnes: d’abord le Président de la République qui a trouvé l’idée formidable, et ensuite Martin Hirsch, type hors du commun. Grâce à lui que cela s’est fait. Deux choses: second souffle du service civique car il y avait déjà une structure. D’abord cela part du constat que les jeunes, entre la vie privée et la vie publique (lycée puis université), cherchent un espace pour s’engager. Il s’agit donc de répondre à cette demande en offrant des projets d’intérêt général. 2e remarque: on nous dit que les Français voudraient un système obligatoire: sinon pas de mixité sociale. Alors pourquoi un service volontaire? Ce n’est pas la question budgétaire. Il ne faut pas d’un service obligatoire car les associations n’en veulent pas. Elles ne veulent pas de jeunes obligés mais des jeunes engagés. Bon sens. Une classe d’âge, ce sont 700 000 jeunes, et nous n’avons pas 700 000 missions sous la main. Si vous êtes forcés de vous engager, ce n’est plus de l’engagement. Donc préférable que le service civique soit volontaire. Pour qu’il y ait de la mixité sociale, il faut que les engagements des jeunes soient des engagements collectifs et non individuels. Si chantiers, au sein de ces chantiers, nous aurons de la mixité sociale. Honnêtement nos cours d’instruction civique ne marchent pas. Leçons de morale sans grand intérêt. Il faut retravailler cette question avec les grandes œuvres. Et ces valeurs doivent être transmises par des personnes de grande qualité, comme Stéphane Hessel ou Simone Veil. Formation de trois semaines qui sera proposée.
Intervention dans la salle du directeur de Polytechnique: huit premiers mois, élèves qui s’engagent dans des associations, ou au ministère de la Défense. Obligatoire, mais optionnel. C’est une formation. Ce sont ces associations qui forment les polytechniciens. Volontariat certes nécessaire, mais l’obligation concernant polytechnique a été bénéfique.
Membre de la fondation d’Auteuil: petits groupes de 4 dans notre fondation qui font du soutien scolaire. Comment vous voyez le financement?
Luc Ferry: les polytechniciens ne sont pas le groupe le plus attaqué dans notre société. Ce sera 600 euros par mois pour les jeunes qui s’engageront. Cela coûtera 500 millions quand ce sera 75000 jeunes. On prendra une partie du budget des emplois jeunes pour payer ce service civique. Donc financement à budget constant.
Stéphane Hessel: je recommande une lecture quand un jeune s’engage: la déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Après l’avoir lue, on a envie de s’engager. Tâche du 21e siècle.
Yvan Collin (vidéo): sénateur du Tarn-et-Garonne, auteur de la proposition de loi sur le service civique. Service civique qui est le maillon manquant. L’acte gratuit rapport gros, car c’est celui qui donne un sens à notre engagement et à notre vie.
Pour quelles missions?
Marie Trellu Kane: Présidente d’Unis-Cité: née il y a une quinzaine d’années pour 15 000 jeunes. Depuis deux ans, sécurité sociale prise en charge par l’Etat. Unis-Cité seule structure aujourd’hui uniquement consacrée au service civique. On a tiré un certain nombre de leçons. Missions pouvant se reposer sur le volontariat des jeunes et non sur leurs compétences. Preuve qu’il est possible en France d’imaginer un travail collectif pour des jeunes issus de milieux différents.
Alain Bougrain-Dubourg: président de la LPO. Rapport sur la croissance verte du MEDDAT il ya quelques jours. Et bien il y a une niche de 600 000 emplois pour les années qui viennent. Biodiversité. En 2002 à Johannesburg, on devait sauver la biodiversité pour 2010. Et bien on en est loin. Nous sommes une espèce dominante sur la planète. 40% de l’économie mondiale repose sur les services de la nature. Pollinisation des abeilles par ex qui représente 30% de la production agroalimentaire mondiale. Collectivités locales, entreprises qui bougent, et évidemment les associations. Aujourd’hui à la LPO nous sommes 300 salariés et 45 000 adhérents. Dossiers juridiques. Deux qualités pour avancer dans cette démarche: compétences et passion. « On perd moins à se perdre dans sa passion qu’à perdre la passion » (Saint Augustin).
René Frydman: Professeur de médecine: tout le monde a constaté par ex que le nombre d’IVG n’a pas diminué. Donc travail important de participer à cet effort de santé. Mobiliser les jeunes pour parler aux autres jeunes de ce type de problème. Mise en commun des personnes travaillant dans la santé. Travail permanent sur l’éducation sexuelle. Ce n’est pas fait correctement dans tous les établissements. Intérêt donc que des jeunes formés puissent parler à d’autres jeunes. Objectif d’une meilleure potentialité du bien être.
Dominique Hervieu: directrice du Théâtre National de Chaillot: commande du Haut commissariat à la jeunesse pour donner à des jeunes créateurs la possibilité de montrer à travers l’Art leur vision du monde. Partir donc de lieux de patrimoine pour s’appuyer sur la mémoire. A Paris, colline de Chaillot où ont été déclarés les Droits de l’Homme. Comment détourner ces lieux de mémoire pour nous emmener vers une nouvelle vision? Tous les arts sont représentés. Pendant 4 jours, porosité entre la création et l’art de vivre: Imaginer maintenant! Pour organisation de l’évènement, travail avec des écoles et des associations. Du 1er au 4 juillet prochain dans plusieurs villes de France.
Charles-Edouard Vincent: responsable de Emmaüs Défi: créé il y a trois ans suite à la crise du Canal St Martin. Nouvelle structure pour développer de l’emploi dédié aux personnes de la rue. En trois ans, nous avons créé 80 emplois. Toutes les semaines, accueil de milliers de familles défavorisées. On a besoin de jeunes et le service civique est ainsi fondamental. Développer notre activité, c’est créer de l’emploi. Logique de développement. Rencontres de personnes qui ne se rencontrent pas habituellement qui créent chez nous une richesse extraordinaire. Pas besoin d’avoir fait polytechnique pour s’engager.
Comment valoriser l’engagement?
Camille Galap: président de l’université du Havre: on n’a pas attendu le service civique pour réfléchir à l’engagement des jeunes. Un certain nombre de questions à résoudre. Comment continuer les études avec un service civique de plusieurs mois par exemple? Service civique qui a déjà comme intérêt de valoriser l’engagement des jeunes, qui ont une mauvaise image dans notre pays.
Bernard Ramanantsoa: directeur du Groupe HEC: Service civique qui va permettre à beaucoup de jeunes de faire émerger un nouveau modèle socio-économique. Question de savoir sir des étudiants en sortant vont vouloir s’engager. Oui, ils ont envie de participer à un projet collectif structuré. On est en train de discuter avec des entreprises pour qu’il n’y ait pas de handicap pour ceux qui choisiront d’abord un service civique. Accueil très favorable d’un certain nombre d’entreprises.
Nadia Bellaoui: secrétaire nationale de la Ligue de l’Enseignement: chez nous les étudiants sont minoritaires. Peu importe leurs origines, l’important c’est leur volonté.
Nicolas Delesque: secrétaire général de l’Afev: je voudrais que les jeunes ici présents remercient la société civile, dont Marie, d’Unis-Cité, qui porte ce combat avec acharnement depuis des années. Question de la valorisation qu’il va falloir sérieusement mettre sur la table. En France, nous n’avons pas cette culture de l’engagement. Comment remettre l’engagement à la mode? Question culturelle qu’il faut engager. Ensuite qu’est-ce qu’on valorise dans l’engagement? La semaine dernière encore un squat a été fermé avec des familles à la rue par – 5°. Est-ce que la France peut reconnaître les gens qui s’engagent pour s’occuper des familles se retrouvant à la rue? Si nous y arrivons, la France aura fait un grand pas.
Gilles Le Bail: président du CNAJEP: fédération de 80 associations de jeunesse et d’éducation populaire. Question de la citoyenneté reliée à la continuité éducative. Sur le service civique, nous avons quelques regrets: disparition du volontariat associatif. Le gouvernement met des moyens sur la table, mais l’indemnité que les jeunes vont percevoir est réduite.
Retour de Martin Hirsch du Conseil des Ministres: validation des 75000 jeunes pour les années qui viennent. Le service civique ne doit pas être marqué pour telle catégorie de jeunes, en difficultés par exemple. Site Internet qui sera un support de l’Agence du service civique. Nous sommes encouragés par le fait que c’est comme cela qu’à commencer le volontariat.
Nadia Bellaoui: question de la valorisation de l’engagement qui se pose pour tout le monde, pas seulement les étudiants. Il faut que l’engagement soit au cœur de la vie associative. Les associations, ce ne sont pas de simples prestataires de service. Avec le service civique, occasion de se montrer exigeant vis-à-vis des jeunes sur un terrain moral.
Martin Hirsch: effort budgétaire supplémentaire d’un demi milliard, pas pour un volontariat à la place du boulot. Ce n’est pas un emploi aidé. On ne trompe pas sur la marchandise. Engagement de 6 mois à un an, et pas plus.
Nicolas Delesque: je ne suis pas ministre, donc je vais être plus franc. La question de l’effet d’aubaine se pose. Jeunes qui vont s’engager parce qu’ils ne trouvent pas de boulot. La balle est dans notre camp. En France aujourd’hui, pas l’habitude d’avoir des jeunes à temps plein pour une durée de leur vie. A nous d’être très clair avec les jeunes. Ce n’est pas un emploi! Pour les jeunes peu qualifiés, je rêverais que ceux-ci trouvent leur place à l’Université. Dans toutes les Universités, il y a des services de la formation continue.
Camille Galap: ce que je trouve intéressant dans le dispositif, c’est de voir ce service comme un continuum tout au long de la vie.
Nadia Bellaoui: le risque est grand de scolariser le parcours associatif.
Intervention de la salle pour dire que l’indemnité ne doit pas être en dessous du seuil de pauvreté, sinon mauvais signal envoyé pour dire que lorsque l’on est civique, on est pauvre, alors que l’on touchera plus d’argent si on ne pense qu’à notre carrière.
Un élan pour l’international
Alain Joyandet: secrétaire d »Etat chargé de la coopération et de la Francophonie: avant d’engager la question sur le service civique, nous avons regardé la question des volontaires internationaux. Jusqu’à présent, un peu moins de 5000 jeunes/an sont envoyés dans le monde. Nous voulons tripler ce nombre de volontaires internationaux. Plateforme créée, France volontaires. Rapprochement pour que ce volontariat international puisse être réintégré dans le service civique. Il s’agit de répondre à des besoins permanents dans des pays en voie de développement. Au plan budgétaire, 10 millions d’euros supplémentaires/ an.
Vinciane Marin: volontaire à Fonds Sud: j’ai fait un Master en environnement et avais ensuite fait mon stage en RDC. Je suis partie pour une mission tripartite avec Fonds Sud (Haïti) et deux conseils généraux français. Fonds Sud travaille sur le microcrédit en Haïti.
Alain Joyandet: nos volontaires internationaux français étaient bien moins reconnus que leurs collègues européens, comme les jeunes anglo-saxons. Donc très bien qu’ils puissent désormais être bien encadrés par le service civique. Pensée pour Jean-Christophe Fernandez, jeune volontaire du progrès qui a laissé sa vie en Haïti lors du séisme.
L’engagement des collectivités
Christian Demuynck: sénateur de la Seine St Denis, maire de Neuilly Plaisance: service civique créé par une proposition de loi émanant du Sénat. Sénat qui sait donc bouger. Avant il y avait 12 labels. Nous avons souhaité un service civique unique et lisible pour les jeunes. Mais il fallait des financements. Et nous avons croisé Martin Hirsch, qui a su persévérer. Petit miracle: tous les partis politiques se sont retrouvés pour voter ce service civique. A Neuilly Plaisance, nous nous sommes jumelés avec Madagascar où nous avons envoyé des jeunes réhabiliter un dispensaire. Ils sont revenus transformés. Ils se sont aperçus qu’ils pouvaient aider des familles en très grande difficulté. Ils ont eu un regard sur eux-mêmes totalement différents. Sur 6 jeunes partis, 5 travaillent aujourd’hui. Si nos 36 0000 collectivités locales s’y mettent vraiment, nous pouvons y arriver. Les collectivités locales doivent donc s’engager.
Bernard Lesterlin: député socialiste: préparation de ce texte qui n’a pas été un long fleuve tranquille. C’est un combat. Il faut continuer à se mobiliser.
Jean-Marc Ayrault: député-maire de Nantes, président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale: texte voté par la quasi totalité des parlementaires. Pas parfait, mais c’est une avancée. Je me souviens d’un texte voté en 2003 dans l’indifférence générale. Depuis, il y a eu des avancées certaines dans la prise de conscience. le service civique, c’est « un acte de confiance » dans la jeunesse. Engagement dans la durée des financements qui doit être certain. Et je souhaiterai insister sur l’accompagnement, en termes de formation. Question posée par les collectivités locales: quels seront les financements de cette formation? Belle étape, avant de généraliser, espérons-le, le service civique.
Dominique Versini: défenseure des enfants: très enthousiaste car depuis trois ans et demi dans les établissements scolaires parler des droits des enfants. A la fin de leur 9 mois de volontariat, ils ont une formation de terrain de 9 mois à faire valoir. Heureuse aujourd’hui d’être là pour dire que c’est un très bon outil pour la jeunesse. On donne et on reçoit.
Clôture des débats par Martin Hirsch: « merci à tous d’être venus aujourd’hui. Merci de s’être mis d’accord au delà des divergences politiques. Le service civique n’appartient à personne si ce n’est la jeunesse qui s’en emparera. On fonce, parce que c’est la jeunesse qui est pressée. On y va maintenant. »








