Rencontre avec Emmaus Europe
Rencontre avec Emmaus Europe, le 16 octobre 2009, au Parlement Européen de Bruxelles.
Intervention Emmaüs Europe le 16 octobre
Je tiens tout d’abord à vous remercier pour m’avoir invité à participer à cette table ronde pour célébrer avec vous le 60ème anniversaire du mouvement Emmaüs.
Je suis heureuse et fière de vous accueillir, avec mon collègue Niccolo Rinaldi, pour la première fois ici au Parlement européen.
Les thèmes que vous avez choisi d’aborder me concernent particulièrement et sont au cœur des priorités qui orienteront mon activité de parlementaire en tant que nouvelle élue membre du groupe des Verts. Je voudrais avec vous essayer d’avancer des débuts de réponse aux trois problématiques que vous avez souhaité soulever. Mais avant cela, il est important de rappeler dans quel contexte ces thématiques s’inscrivent. L’Europe comme le reste du monde connaît une crise globale sans précédent. C’est aussi bien une crise économique que sociale et écologique. La caus
e majeure de cette crise globale est, selon nous, la course effrénée au profit et à la rentabilité de toute activité humaine à court terme. Laissant au bord du chemin les valeurs essentielles que sont la solidarité, le partage et le respect de l’autre, au-delà des différences culturelles, ethniques ou religieuses. Ces valeurs qui sont celles d’Emmaüs, je les ai aussi faites miennes, et ce sont celles que nous portons chaque jour dans nos combats.
Doit-on rappeler aujourd’hui le sort qui est réservé aux migrants de la « jungle » de Calais – et le mot « jungle » illustre déjà l’indignité avec laquelle on traite ces enfants, ces femmes et ces hommes qui sont considérés comme des animaux, et que les gouvernements de Sarkozy, Berlusconi ou Brown souhaitent renvoyer de manière massive et brutale, dans des charters, vers des pays en guerre tels que l’Afghanistan ou l’Irak?
Ils s’appuient pour cela sur la directive retour, directive de la honte, que les Verts au Parlement européen ont unanimement rejetée, et se vantent d’une politique de quotas sans avoir l’humanité de faire passer la souffrance de ces gens devant toute considération politique.
Doit-on aussi rappeler les 12 000 morts noyés en Méditerrannée, les enfants et les femmes maintenus dans des centres de rétention, près des aéroports ou sur l’île de Lampedusa au large de la Sicile, les Roms expulsés de leurs campements et qui errent à travers l’Europe?
Je crois que nous devons arrêter de stigmatiser les migrants qui fuient la misère, la famine, la guerre et l’oppression, et d’en faire des bouc-émissaires des maux de notre société, que ce soit la violence dans les quartiers, le chômage, l’insécurité, la pauvreté. Refuser l’Europe forteresse, mais au contraire refaire de notre continent une terre d’accueil.
L’immigration est une richesse pour l’Europe. Il faut arrêter d’opposer immigration économique et immigration familiale, et de se livrer à un nouveau pillage des ressources des pays du Sud, celui des ressources humaines par la sélection des travailleurs hautement qualifiés. En matière d’asile et d’immigration, la politique européenne doit être basée sur le respect du droit international et des droits humains avec pour priorité la protection des demandeurs d’asile et des migrants. Leur utilité économique ou démographique ne doit pas être le critère central. Leur droit au travail légal doit être respecté, comme tous les droits afférents : droits économiques et sociaux, droit aux indemnités en cas de chômage.
Tout d’abord je pense qu’il est indispensable de :
1/ supprimer les quotas et abroger la directive retour,
2/ supprimer purement et simplement les centres de rétention, où les conditions de vie sont indignes,
3/ supprimer dans notre droit, tous les vides et les contradictions juridiques qui font que des milliers de personnes se retrouvent sans statut: pas régularisables, mais pas expulsables non plus. Il faut pour ces personnes-là créer un statut européen qui les protège et leur permette de vivre et de travailler dignement.
Par ailleurs, l’Europe doit prendre la tête d’une initiative internationale pour la reconnaissance et la mise en place d’une protection adéquate pour les réfugiés climatiques.
S’agissant de notre modèle de développement économique, je crois que la crise actuelle montre qu’on est arrivé au bout d’une logique de marché destructrice à la fois d’un point de vue écologique et social. La machine productiviste broie les hommes et les femmes, notamment dans le monde du travail où les conditions se détériorent de manière plus qu’inquiétante. 160 000 personnes meurent chaque année à cause du manque de prévention en milieu professionnel. Ce système génère précarité et exclusion, au détriment de la qualité de la vie, de l’environnement, du partage des richesses, du lien social et du vivre-ensemble.
A ce titre, la crise appelle au développement de l’économie sociale et solidaire. Ce sont les mutuelles, les coopératives, les associations, qui offrent aux plus démunis une protection et des services qui les empêchent de tomber dans l’exclusion. De plus, ce sont souvent des entreprises qui offrent des services utiles pour la société et l’environnement, comme l’économie du recyclage et de la récupération, qui créent de l’emploi et favorisent la cohésion sociale et une meilleure redistribution des revenus en limitant les écarts de rémunération entre les salariés d’une même entreprise.
Ce modèle d’entreprise réinvente une façon de produire des richesses de manière collective, et non individualiste, et la recherche d’un bien pour la communauté, et non du profit maximum pour quelques uns.
A ce titre, je crois bien évidemment que l’économie sociale et solidaire doit bénéficier d’une reconnaissance législative et règlementaire au niveau européen, être promue comme modèle pour sortir du capitalisme destructeur.
Enfin, j’en viens à mon sujet favori, en tant que membre du Collectif Jeudi Noir, celui du mal logement. A quelques jours de la trêve hivernale, et à la veille de l’Année européenne de la lutte contre la pauvreté, nous devons de nouveau tirer la sonnette d’alarme. Nous ne sommes pas si loin de l’hiver 1954, lorsque l’abbé Pierre lança son « insurrection de la bonté » pour dénoncer les conditions indignes dans lesquelles étaient logés des millions de français. Aujourd’hui, il y a 78 millions de pauvres en Europe, 100 millions de personnes dans le monde sont sans abris, et plus d’un milliard sont mal logées.
La cause principale de cette crise, c’est d’abord le renchérissement des loyers, la spéculation immobilière et foncière qui a touché l’ensemble des pays européen, jusque dans les zones rurales, ces dernières années. Mais les politiques publiques de logement et d’urbanisme ne sont pas en reste, elles ont contribué de manière directe à cette bulle spéculative.
La hausse du coût logement conjuguée à la hausse des prix des denrées alimentaires de base, des soins, de l’éducation, de l’énergie et des transports, conduisent à une exclusion massive: les migrants, les jeunes, les travailleurs pauvres, les chômeurs, les femmes, les parents isolés, les personnes âgées et dépendantes, les familles nombreuses, rencontrent tous des difficultés croissantes pour accéder à un logement décent mais aussi et surtout en ces temps de crise, à s’y maintenir.
L’errance urbaine, le sans-abrisme, l’habitat précaire, la surexploitation des locataires sont en pleine explosion, alors que la Convention européenne des droits de l’homme, et même la Charte européenne des droits fondamentaux, ont reconnu « qu’un toit, c’est un droit », comme le disent si bien nos amis du Droit au logement. Sans un logement adéquat, ce sont de nombreux droits qui sont bafoués tels que se soigner, travailler, l’accès à l’éducation et à la culture.
C’est dans ce contexte que les institutions européennes ont déclaré l’année 2010, Année européenne de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Aussi, contrairement à une idée bien répandue, ces problématiques doivent faire partie intégrante des priorités de l’Union européenne, notamment dans le renouvellement de la stratégie post-Lisbonne pour les dix prochaines années.
Alors voici, notre plan de bataille pour le droit à un logement décent :
Lutte contre la spéculation, réhabilitation et réalisation de logements sociaux écologiques et économes en énergie, arrêt de la privatisation et de la marchandisation du parc de logements locatifs, lutte contre l’épuration sociale des quartiers populaires et la gentrification urbaine en favorisant la mixité, fin des expulsions locatives sans relogement, réquisition des immeubles vacants pour les populations les plus en difficulté, notamment les sans-abris, lutte contre les discriminations envers les Roms et les gens du voyage, et enfin lutte contre les marchands de sommeil, les loueurs de taudis et de logements insalubres, toxiques, dangereux pour la santé de leurs habitants (saturnisme infantile, amiante, incendies, effondrements…).
Il faut une Europe plus sociale, plus solidaire et plus écologique. C’est une nouvelle frontière pour l’Europe que nous devons franchir tous ensemble. Le chemin paraît encore long, mais les solutions existent. Ce n’est pas l’heure du fatalisme, nous devons au contraire porter ensemble un message d’espoir.










Bonjour,
je suis boulanger et voudrais pouvoir vous aider dans votre lutte contre la pauvretéJe ne suis pas d’accord pour dire que la recherche du profit est la cause des mauds de notre
société européenne ,mais dûe à la pression sociale qui empêche de donner du travail à tous.Aujourd’hui je me fais un devoir de donner les invendus aux pauvres, par quel autre moyen pourrais-je vous être utile ?
Yves